La référence sur la grève étudiante

Nous ne sommes pas les faibles

Une loi spéciale…et puis quoi encore? Si, comme l’a affirmé le premier ministre, nous ne sommes que 30% des étudiants en grève (ce qui est, à mes yeux, énorme après 13 semaines, mais bon…), si comme il l’affirme nous ne sommes qu’un poignée de troubles-fêtes sans impact, si nous sommes des gens bornés, irresponsables, à la limite un peu cons à ses yeux, pourquoi est-il incapable de régler la crise autrement?

La réponse est plutôt simple selon moi. D’abord, le mouvement est trop fort pour le gouvernement. 30% des étudiants en grève après 13 semaines et plus de 80% qui se disent contre la hausse, la capacité de mobiliser plus de 200 000 personnes dans les rues, bloquer le centre-ville soir après soir, sans relâche avec des milliers d’étudiants, ce n’est pas un mouvement faible. C’est un mouvement en pleine forme, dont la vigueur trouble un gouvernement incapable d’arriver à une entente sur quoi que ce soit. C’est une force décisive qui empêche littéralement un gouvernement d’avancer, qui le paralyse. C’est à un point tel que ni la loi, ni les forces de l’ordre n’arrivent à bâillonner et contrôler ce mouvement. Or, face à une telle force, il existe deux options. La première, celle de la diplomatie et de la démocratie, la discussion saine et de bonne foi. La seconde, celle de la dictature et de la force, imposer une loi pour tordre des bras, casser des jambes et faire taire les importuns.

C’est également dû au fait que nous ne sommes pas qu’une poignée de groupes anarchistes. Le gouvernement crie à tous les vents que nous ne sommes que des marginaux, des casseurs, des terroristes, des marxistes (expliquez-moi le problème d’être marxiste ou communiste, chacun a droit à son opinion politique, il y a même des partis qui défendent ces idées), des voyous et j’en passe. Il refuse de se rendre compte que nous ne sommes que des citoyens, des hommes et des femmes, des parents, des amis, des familles, des voisins qui s’opposons ensemble à des années de décisions politiques intransigeantes et sans consultation qui ne sont pas à l’image du Québec que nous souhaitons avoir. Il refuse de se rendre compte que nous sommes des gens ordinaires, qui peuvent certes avoir des opinions politiques différentes, qui s’opposent à un système dont le profit et l’individualisme sont devenus les nouveaux évêques. Il refuse de voir que nous en avons marre de la corruption, des liens entre le gouvernement et la mafia, des dépenses inutiles et superflues dans le béton, de la mauvaise gestion, des pots de vin et des lobbyistes grassement payés. Si le gouvernement s’ouvrait les yeux, c’est pourtant ce qu’il verrait. Le problème est que, constater cette réalité, l’obligerait à opter pour la négociation et la discussion. Un gouvernement ne peut matraquer des citoyens qui demandent à être entendus, mais il peut s’attaquer à une bande de voyous « qui ne cherchent qu’à déstabiliser l’économie de Montréal ».

Si le gouvernement ne règle pas la crise, c’est aussi parce que nous sommes intelligents, souvent calmes, posés et réfléchis. Combien de professeurs, de chercheurs, de personnalités publiques ont proposé des solutions et des alternatives à la crise? Quand même le Barreau du Québec implore le gouvernement de ne pas adopter de loi spéciale, c’est que nous sommes loin d’être cons en affirmant que celle-ci est nuisible. Quand une panoplie de chercheurs, d’économistes, de professeurs et autres spécialistes nous donne raison sur la question de la hausse des droits de scolarité ou sur notre droit démocratique de s’associer et de crier notre désaccord, c’est que nous sommes loin d’être cons. Quand on regarde nos trois leaders étudiants rester calmes et réfléchis, toujours le mot juste, toujours diplomate après 13 épuisantes semaines de grève et qu’à l’inverse nous voyons les parlementaires se crier des insultes à la période de questions, je doute fort que ça ne soit nous les cons. Quand, plutôt que de faire ses devoirs et se baser sur des études sérieuses (dont notamment ses propres études), le gouvernement se base sur le dernier CROP pour choisir s’il négocie ou non, alors là, je sais très bien qui est le plus intelligent des deux entre eux et nous. Or, lorsqu’on ne peut plus gagner en défendant nos idées de manières civilisées, par la discussion, on utilise la force et on frappe jusqu’à ce que l’autre accepte notre point de vue.

Le constat est simple; le gouvernement est faible et sans idée, sans projet, sans argument. À ses yeux, il a l’appui de la population, basé sur quelques sondages ici et là, mais les sondages ne sont que des chiffres théoriques changeant selon l’humeur matinale des sondés. Sans compter que le gouvernement joue avec ces chiffres avec brio. Jetant ici et là un peu plus d’huile sur le feu, il cristallise l’opinion publique autour de la violence, sachant très bien que les Québécois n’aiment pas la chicane. Il évite de parler intelligemment du sujet (la hausse des frais, je vous le rappelle), incapable de faire passer son point sur le plan des idées. Toujours incapable de détruire l’idée qui nous porte, nous les étudiants et les citoyens en quête d’un Québec qui considère ses citoyens comme des humains et non des chéquiers, il est acculé au pied du mur. Deux solutions, discuter et reculer en partie ou sortir l’arme ultime et user de la force. Nous n’avons pas un gouvernement qui aime avoir tort. Triste destinée pour le Québec en ce jour noir où la coercition primera sur la liberté d’expression.

Sur ce, bonne semaine malgré tout et bonne grève, pour les jours qu’il vous reste à la faire avant que le gouvernement ne mette la clé dans la serrure.

 

 

 

 

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