Le smash
Si le gouvernement souhaite renvoyer les étudiants en classe, il va devoir être prêts à mettre beaucoup plus d’éléments en jeu que ce qu’il a proposé jusqu’à maintenant. Avec l’annonce de la démission d’hier de madame Beauchamp, le gouvernement (ou madame Beauchamp personnellement, nous ne le saurons jamais) vient de donner raison aux étudiants sur un point : faire la grève fonctionne, le temps est une arme féroce.
En effet, si M. Charest pense que la réflexion des étudiants en assemblée générale sera basée sur l’idée d’un nouveau départ et que la démission de sa ministre est l’indice d’un retour à zéro, il ne peut avoir plus tort. Ce que les étudiants retiendront, c’est que leur entêtement et leur force commune leur ont permis de venir à bout d’un ministre. Sans se réjouir de la chose, car ce n’était pas l’objectif, ils percevront la démission de Mme Beauchamp comme une réaction directe à leur pression. Et faire démissionner un ministre, ce n’est pas tous les jours qu’un mouvement social arrive à faire autant bouger un gouvernement. Ça sera également perçu comme une faiblesse grandissante du gouvernement, preuve que continuer à exercer la même pression peut leur permettre d’obtenir davantage.
Bref, les étudiants seront gonflés à bloc dans les différentes assemblées générales. Sans compter que chaque jour supplémentaire qu’ils passent en grève, ils se disent qu’ils ne se sont pas rendus jusque-là pour des miettes. Donc, chaque jour qui passe, la demande devient plus sévère, plus grande, plus importante. La démission de la ministre venant confirmer que la grève a des effets concrets s’ajoutera à cette conviction grandissante des étudiants. Nous avons en quelque sorte atteint le point où, loin de s’essouffler, le mouvement se conforte, se stabilise et se convainc de son bien-fondé.
C’est à ça que devront faire face M. Charest et Mme Courchesne dans les prochains jours. C’est à ça qu’ils devront faire face ce soir en rencontrant les leaders étudiants. Le gouvernement est en position de faiblesse. Peut-être pas sur le plan de l’opinion publique, mais bien franchement, celle-ci ne compte plus à l’heure actuelle. Les sondages non probabilistes et les analyses en surface de nos grands médias ne troublent pas du tout les étudiants qui, depuis plus de 80 jours, en sont la cible quotidienne. Donc, le seul moyen pour que ceux-ci retournent en classe est relativement simple, le gouvernement va devoir mettre un peu d’eau dans son vin sur la question centrale de ce débat depuis le début : les frais de scolarité.
Certes, le gouvernement peut tenter de bonifier ici et là un paquet de programmes, créer des comités, jouer avec les mots, mais rien n’y fera. Et les leaders pourront signer toutes les ententes qu’ils souhaitent, aucune ne passera tant et aussi longtemps que la question des frais n’est pas abordée. Fort de la démission de la ministre hier, les étudiants seront plus convaincus que jamais qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent à l’aide leur mouvement qui atteindra, ce 22 mai, la barre des 100 jours!
Sur ce, bonne semaine et bonne grève.