Alors, que faisons-nous?
Bon, la vraie question, celle qui fait mal, celle qui tue : que pourrait-on obtenir de plus? Cette semaine, j’ai dénoncé l’entente. J’ai aussi affirmé haut et fort que, ne serait-ce que par principe, nous ne pouvions pas nous laisser abattre aussi facilement et que le message clair de la grève devait être relancé. Il y a quelques semaines, j’ai aussi fait plusieurs clins d’œil sur l’importance d’un mouvement plus large, plus généralisé. Cela étant dit, quelle est l’issue?
La question mérite à tout le moins d’être lancée. D’une part, le gouvernement n’annulera tout simplement pas la hausse. La fenêtre d’opportunité est maintenant fermée pour un bon moment. Ils en ont déjà fait un enjeu électoral, que nous acceptions ou non une offre quelconque, que nous retournions ou non en classe, seules des élections permettront de trancher à leurs yeux. Le mouvement n’a donc plus aucune possibilité d’avancer dans une direction donnée.
Or, un mouvement sans cible claire, ça s’éparpille, ça s’égare, ça se morcelle. Nous avons élargi le débat et nous avons fait de cette bataille un combat plus large que la simple question des frais de scolarité. Mais ce qui canalisait et qui canalise peut-être encore un peu ce combat, c’est la hausse. Sur cette question, il n’y aura aucun changement, aucune avancée. Le gouvernement annulerait toutes les sessions consécutives jusqu’à son élection avant d’accepter de négocier sur cette question. Alors que faisons-nous?
On peut perdre nos sessions, toutes nos sessions consécutives jusqu’à une élection. C’est une option. Cela dit, je doute fort qu’elle ne crée autre chose qu’un essoufflement graduel du mouvement social et un déchirement au sein même de la jeunesse québécoise. Sans compter la judiciarisation du conflit qui ne serait plus qu’un simple phénomène ennuyant et dérangeant, mais qui deviendrait une vraie catastrophe. Les poursuites pleuvraient de partout ! Alors que faisons-nous?
On peut accepter de retourner en classe en se disant qu’on va régler son compte à ce gouvernement lors de la prochaine élection. Je doute cependant de cette tactique qui, au bout du compte, entrainera la division du vote et qui permettra à Charest de se glisser au pouvoir, minoritaire ou non. En effet, la majorité des étudiants ne vote pas en bloc et de manière stratégique. Si c’était le cas, le PQ aurait bénéficié de cet avantage à quelques reprises déjà. Non, les étudiants votent comme tous les électeurs, avec leur cœur. Ils votent pour celui qui est le plus beau ou celui qui à les meilleures idées selon eux. Ils votent autant pour la couleur de la cravate que le reste des gens. Actuellement, dans les couloirs universitaires, ce n’est pas PQ qu’on entend sur toutes les lèvres, mais bien ON et QS. Et qui perd la chance d’avoir quelques 200 à 400 000 votes de plus si ces votes vont à ON et à QS? Petit indice, les Libéraux ont tout à gagner d’une telle situation. Ce n’est pas un carré rouge sur le veston à Mme Marois qui changera la donne, il faut plus. Alors que faisons-nous?
On pourrait, en retournant en classe ou non, étendre le conflit et cibler plusieurs autres enjeux. Mais à quel prix? Voir la violence prendre de l’ampleur, créer une crise sociale sur fond de désordre civil, montrer à la face du monde à quel point nous pouvons agir comme des imbéciles ? Un changement de fond s’impose certes, mais je doute fort que le Québec ne soit prêt pour une révolution, du moins, pas une violente. Alors que faisons-nous?
On pourrait fermer les yeux, se taire et jeter la serviette. Mais qui ferait ça après 13 semaines de grève? Qui accepterait un tel échec? Les votes de reconduction de cette semaine témoignent bien qu’aucun jeune n’est prêt à renoncer sans avoir obtenu gain de cause, du moins en partie. Alors que faisons-nous?
Rien ne va plus dans notre beau pays et il faudrait quelque chose de grand, quelque chose de fort, quelque chose de grave pour se sortir du bourbier.
En attendant, on fait quoi? Moi je fais la grève.
Sur ce, bonne semaine et bonne grève.