Fais d’abord, réfléchis ensuite
En voyant l’attitude du gouvernement suite à la dernière négociation, j’ai repensé à cette fameuse phrase du film des Simpsons. Le président des États-Unis doit faire un choix déchirant et on lui propose quatre rapports à étudier, il en pointe un sans même l’ouvrir. On lui suggère de le lire, ce à quoi il répond : « I’m not elected to read, I’m elected to lead. »
Ce gouvernement a bien souvent fonctionné sous le modèle « fais d’abord et réfléchis ensuite ». Le projet du Suroit avait été autorisé avant que le BAPE ne soit contraint à l’étudier plus avant suite à la pression populaire. Les gaz de schiste subissent actuellement le même sort; laissons l’entreprise rechercher et, si la population dit quelque chose, nous ferons des commissions, des comités, des études et autres pertes de temps pendant des années. Pourtant, toute la recherche nécessaire faisant état des impacts de l’exploitation des gaz de schiste existe déjà.
Il en va de même avec cette nouvelle entente du gouvernement. Ils haussent drastiquement les frais de scolarité, imposent leur décision dans le budget. Après ils attendent de voir la réaction. Si l’eau commence à de venir trop chaude, la machine de relations publiques s’emballe. Dans un premier temps, ils nient les impacts et dénigrent leur adversaire. Dans un deuxième temps, ils proposent de petites mesures économiques qui « compensent » pour des problèmes liés de loin au problème principal. Finalement, ils proposent un comité ou une commission ou un groupe de travail sans pouvoir réel qui « étudiera » ce qu’il est possible de faire. Fais d’abord, réfléchis ensuite.
Or, cette fois ils poussent la note encore plus loin. L’entente n’était pas même encore disponible sous sa forme intégrale, nous n’en avions que les grandes lignes que ce cher M. Charest lançait « dans des institutions de cette taille, il y a toujours de l’espace [pour économiser], mais on est curieux de voir comment les étudiants veulent y arriver ». Il aurait pu dire littéralement « on vient de vous avoir, vous ne trouverez rien et vous ne représentez qu’une petite partie de la table, vous ne convaincrez personne ».
Certains ont dit qu’il s’achetait du temps, ce n’est pas complètement faux. D’autres prétendent qu’il souhaitait alimenter encore un peu la crise pour déclencher ces élections cette semaine. Seul l’avenir nous le dira. Dans tous les cas, le gouvernement n’a tout simplement pas dérogé de sa technique habituelle. Et que dire de cette fameuse phrase : « ça se décidera en élection »? Non pas que j’aie un problème avec l’idée de voir cet enjeu devenir un enjeu électoral… pour une fois que l’éducation serait à l’honneur. Non, le problème est que nous ne sommes pas encore en élection et qu’ils ont potentiellement encore un an avant de les déclencher. C’est donc de dire « Québécoises, Québécois, vous votez une fois aux quatre ans, après nous on dirige. Si vous n’êtes pas content avec nos choix, ne votez plus pour nous. »
Il y a derrière cette petite phrase un problème bien plus grave qu’il ne semble. On y trouve le témoignage d’une démocratie malade qui, trop bien installée dans une petite routine qui vieillit peut-être un peu mal, oubli que le gouvernement ne représente pas seulement ses électeurs une fois aux quatre ans. Un problème qui se fait sentir et qui a d’énormes répercussions, tant au provincial qu’au fédéral depuis quelques années. Mais je m’égare.
Les étudiants rejettent actuellement l’offre association par association avec des votes plus que significatifs. Les journaux et les gens diront que nous sommes irresponsables, bornés, chialeux, sales, bref un peu de tout ça. Pourtant, même des associations qui n’étaient plus en grève y retournent apparemment. Avez-vous lu l’entente? Non? Allez la lire! Si vous aviez tout sacrifié pendant 13 semaines de votre vie, vous n’oseriez jamais signer un tel torchon. Fini le temps où agir se faisait avant de réfléchir, remettons les bœufs devant la charrue et soyons fiers.
Sur ce, bonne semaine et bonne grève.