La honte
La honte. La honte. La honte. Comment peut-on ressentir autre chose qu’une honte effroyable face aux comportements démesurés d’hier? Comment un groupe de manifestant peut-il vraiment penser que des débordements comme celui d’hier servent la cause? En bon français, il y a toujours ben des osties de limites.
Pardonnez-moi l’expression un peu vulgaire, mais il n’y a pas de mots pour décrire à quel point j’avais envie de me cacher hier. Non, pas de me cacher, de me lever et de crier haut et fort que nous n’avons rien à voir avec ces gens qui lançaient des briques, des balles de billard et une variété d’autres projectiles. Que nous n’avons rien à voir avec ces gens qui ont sauvagement tabassé un policier recroquevillé en boule. Que nous n’avons rien à voir avec ces gens qui, en direct sur la chaine Web de CUTV, disent qu’ils sont là pour tout péter, pour casser la gueule à des policiers! Non, je n’ai rien à voir avec eux et je ne veux pas savoir qui sont ces gens, de peur d’en connaître et de ne plus être capable de les regarder dans les yeux.
Voilà plus de douze semaines que nous nous battons tous pour la cause. Douze semaines que nous multiplions les actions, les manifestations, les marches, les initiatives artistiques. Douze semaines que nous votons en assemblée générale. Douze semaines qui se dérobent en quelques minutes sous nos yeux. Du point où j’étais, j’ai cru un bon moment qu’il n’y avait que le brasse-camarade régulier que l’on connaît maintenant bien à Montréal. J’ai cru qu’encore une fois, la majeure partie des débordements étaient liés à l’action directe des policiers. J’ai eu tort.
Certains diront qu’il s’agit de désinformation de la part des médias. Pourtant, même à CUTV qui se prétend indépendant et qui pose un regard souvent très différent des autres médias, la situation apparaissait catastrophique. Le service de sécurité est certes à blâmer; manque de clôtures, préparation inadéquate face à la menace qui grondait, utilisation abusive de gaz et de grenades assourdissante très tôt alors que ça n’avait pas été particulièrement violent, arrestations abusives d’autobus complets et j’en passe. Mais franchement, la palme d’or du pourri, du sal, du « petit goût amer au fond de la gorge », revient cette fois aux casseurs qui sont apparus au grand jour. L’absence de bâtiments empêchant la concentration de la foule, ils ne bénéficiaient plus de la protection et de l’anonymat que celle-ci procure en ville. Ils étaient là, première ligne, une dizaine de pieds devant le reste de la foule qui scandait tranquillement des slogans. Ils étaient agressifs, déterminés, avec un seul objectif en tête : briser et faire mal.
Et la police. Ça vous prend quoi? Un mort? Parce que ce matin, apparemment, vous en aurez peut-être un sur la conscience. Vous avez devant vous un petit groupe turbulent. Ils vous lancent des briques, oui, c’est fatigant, oui c’est agressant, mais c’est vraiment une raison pour répliquer avec des balles de caoutchouc tirées à la hauteur du visage? Voyons, ils n’ont pas l’équipement que vous avez, ils n’ont pas d’entrainement militaire, ils sont simplement en colère. Et merde, après autant de temps à observer des manifestations qui dégénèrent, vous n’avez toujours pas de meilleure tactique que d’utiliser un arsenal complet sur ce qui est majoritairement une foule calme comprenant certains éléments perturbateurs et violents ? Je ne suis pas un spécialiste de la sécurité publique, mais vous devriez faire un examen de conscience et une analyse de votre logistique. Vous finirez par vous en mordre les doigts le jour le conflit ne sera pas dirigé vers le gouvernement, mais vers vous. Oui, vous utiliserez une machine de relations publiques pour dire que le projectile reçu par cet homme entre la vie et la mort venait peut-être de la manifestation. Vous utiliserez la même machine pour expliquer que des dérapages sont aussi possibles de votre côté. La fatigue, l’escalade de la violence, l’organisation des manifestants, etc. Bullshit. Autant je déteste voir des manifestants s’en prendre à un être humain, autant les gestes que vous avez posés hier contre la foule présente étaient démesurés. Ce sont, nous sommes, des êtres humains. Pas des animaux à dompter.
Et vous, M. Charest. Vous vous sentez loin, à l’abri de toute cette violence. Entouré par votre système de sécurité payé à même les fonds publics, vous n’en avez que faire. Vous savez très bien qu’un bon dirigeant aurait à tout le moins accepté de rencontrer des porte-paroles de la marche avant que ça ne dégénère. Vous savez très bien que, même si ça n’avait pas changé grand-chose, vous auriez dû vous adresser publiquement aux manifestants avant que tout s’enflamme. Vous savez aussi que vous ne devriez jamais narguer la population, agir avec suffisance et paternalisme, particulièrement en temps de crise. Vous êtes responsable de ces débordements et de toute cette violence. Vous en êtes le cœur, l’auteur, le responsable ultime. Vous vous amusez à ironiser sur le sujet et à jeter de l’huile sur le feu. Vous vous plaisez à regarder la situation déborder en vous disant qu’ainsi, enfin, l’opinion publique penche de votre côté. Lisez attentivement les sondages. Les gens ne vous aiment pas plus, ils n’aiment pas votre gestion de crise, ils n’aiment pas votre attitude et ils n’aiment pas vos décisions. Si les sondages tournent, c’est simplement qu’en vous comparant à ces manifestants violents, les gens prennent le bord du pouvoir. Personne ne veut endosser la violence venant de ces groupes marginaux, alors les gens se tournent vers ceux qui représentent l’État. Par vers vous personnellement.
Je l’ai répété à de maintes reprises : une vitre de banque fracassée, ça ne me cause pas un pli. Attaquer un homme sans défense, c’est inconcevable, peu importe que ce soit un manifestant ou un policier.
Ce matin, pour une très rare fois, j’ai honte. Honte des manifestants violents, honte de notre corps policier, honte de nos dirigeants. J’ai honte.
p.s. Visitez le calendrier, beaucoup d’ajouts pour cette fin de semaine et la semaine à venir.