La poule sans tête
Depuis le début de cette campagne, on a accusé le mouvement étudiant de bien des maux. Pourtant, dans une campagne bien structurée, il y a des raisons qui mènent à la dégénération d’un conflit. Ce matin, sur un ton plus léger et plus humoristique, regardons un peu qui tourne en rond ou alimente l’impasse dans cette campagne. Qui est la poule sans tête de cette histoire?
Le message des étudiants depuis le tout début de cette campagne et bien avant :
« On demande le gel ou la gratuité afin de préserver l’accessibilité aux études et limiter l’endettement. »
« Rien d’autre? Non. Rien d’autre. Tout le monde est d’accord exactement là-dessus. Voilà. »
Les messages du gouvernement depuis le début de cette campagne et bien avant :
« On vous invite à une rencontre sur le financement de l’éducation postsecondaire. »
« Il n’y a pas d’argent ailleurs que dans vos poches, on parlera juste de hausse drastique des frais lors de cette rencontre. »
« Vous avez refusé de parler de hausse drastique? Ce n’est pas très grave, on va mettre ça dans le budget quand même. »
« Le budget est passé, désolé. »
« Une marche de 30 000 personnes? Vous ne représentez rien, de toute façon, il est trop tard. »
« Vous n’êtes que 10% des étudiants en grève. »
« Oups, vous êtes plus de 50% des étudiants en grève. »
« Bah, vous savez, on respecte leur droit d’être 200 000 à demander la même chose, mais leur demande est inadmissible, c’est déjà dans le budget. »
« Bon, finalement on serait ouvert à discuter. »
« Attendez, de tout sauf de la hausse. »
« Bon, peut-être de la hausse, faites la rencontre avec la ministre. »
« Quoi? La ministre n’a été là qu’une heure? Vous savez, l’important c’est d’arrêter les manifestations et de cesser la violence, les frais de scolarité ce n’est pas l’enjeu. »
« Bon, sacrez-moi le camp, on n’a pas vraiment l’intention de négocier de toute façon, on prépare une campagne. »
« Finalement, voici une offre. Elle vous permet de vous endetter davantage, mais on étale votre endettement. »
« Comment ça rejetée? Consultez vos membres avant! »
« Non, ceci n’est pas une stratégie électorale. Ce serait grotesque de croire que nous jetons de l’huile sur le feu pour alimenter une crise avec les étudiants et nous en servir pour entrer minoritaire dans des élections au printemps. »
« Quoi? Nous aurions intérêt à diviser le vote des électeurs sur la question des frais de scolarité? Non, non, non. Nous sommes catégoriques, nous ne ferions jamais ça. »
« Vous avez consulté vos membres et ils ont tous rejeté notre offre? Pourquoi? Elle empire la situation des frais de scolarité et augmente l’endettement? Oui, mais on vous l’a dit, c’est déjà dans le budget. »
« Bon, ça suffit, on est simplement écoeurés, rentrez en classe bande de petits cons. »
« Un médiateur? Non. On vous l’a dit, retournez en classe, vous faites chier. »
« Ok, ça va se décider en élection, même si on a dit le contraire il y a moins de 48h. »
Ah bon! Alors c’est vrai? Des élections?
Avec un congrès cette fin de semaine et l’annonce récente de M. Bachand, il y a plus que de fortes chances que nous ayons droit à des élections ce printemps. Je mettrais même ma main au feu qu’un déclenchement aura lieu la semaine prochaine. Si c’est bien le cas, il faudra se relever les manches et travailler d’arrache-pied. D’une part nous n’aurons plus de cible précise à attaquer et l’enjeu deviendra électoral. De plus, nous devrons nous structurer d’une telle façon que nos actions ne soient pas des coups d’éclat qui bénéficieraient indirectement au parti Libéral, mais bien qui leur nuiraient.
Je mijote encore un peu cette réflexion.
Sur ce, bonne semaine et bonne grève.
p.s. Visitez le calendrier, beaucoup d’ajouts pour cette fin de semaine et la semaine à venir.