La référence sur la grève étudiante

Rentre à minuit!

J’ai peu commenté dans les derniers jours et pour cause. D’une part, je suis déchaîné et je participe à deux fois plus d’actions et de manifestations qu’à l’habitude. Je suis donc plus rarement à la maison. Mais aussi, parce que les annonces défilaient les unes près les autres à un rythme effréné.  Sauf que ce soir, je suis tout simplement sidéré. Je dois avoir l’air d’avoir mangé un poing sur la gueule depuis environ six heures. Depuis ce midi, je cherche à comprendre.

J’ai l’impression de me retrouver devant mes parents à 14 ans. J’ai l’impression qu’ils me disent que je suis obligé de rentrer à minuit alors que tous mes frères plus vieux avaient le droit de sortir jusqu’à 2h du matin au même âge. Mes parents me répètent que c’est pour mon bien, pour ne pas qu’il m’arrive ce qui est arrivé à mes frères et que de toute façon ce n’est pas négociable, que je comprendrai plus tard. Là évidemment, je refuse de me laisser avoir par un argumentaire aussi bête, sachant très bien qu’il n’y a aucune réelle raison valide pour ce soudain changement. Alors je cesse toutes mes corvées, assume la perte d’allocation qui en découle. Mes parents se disent alors que ça passera, que je vais bien vouloir ravoir mon allocation dans une semaine ou deux. Mais je suis entêté. Je sais très bien que je perds beaucoup, mais si je les laisse faire, je sais aussi qu’à 16 ans je n’aurai toujours pas le droit de sortir plus tard que 1h. Alors je tiens mon bout, je résiste et finalement, après cinq semaines, mes parents acceptent de négocier. Comme toute bonne discussion avec un adolescent, le ton monte un peu. Pas trop, juste un peu. Mes parents se donnent deux jours pour réfléchir à une nouvelle proposition. Fier de mon coup, j’attends un peu et…voilà, ils me proposent :

Minuit quinze durant deux ans, à prendre ou à laisser. Et il ne faut pas que j’oublie, je suis très chanceux qu’ils me fassent cette offre formidable.

Je ne sais pas ce que le gouvernement a pensé en offrant sa « solution globale » cet après-midi, mais je sais une chose : ils le font délibérément. Après 11 semaines de grève et avec une participation qui n’a pas baissée selon une courbe normale, le gouvernement sait très bien ce qu’il adviendra. Ils savent que nous allons refuser, qui accepterait ça? Ils savent aussi que nous allons sortir plus fort et plus en colère. Ils savent que ça prendra une semaine avant que toutes les associations disent non. Ils savent que ça va déborder, ils savent que nous passerons pour les méchants dans l’opinion publique, ils savent que nous perdrons tous nos appuis. Mais savent-ils seulement à quel point tout ça n’a plus d’importance pour personne qui manifeste depuis 11 semaines?

Nous n’avons PLUS RIEN à perdre. Ma session est probablement déjà foutue, mon été va être dégueulasse, je suis paumé, mais je m’en sors. Qu’est-ce qui peut m’arriver de pire? De ne pas être apprécié par les automobilistes qui rentrent tous les soirs à cinq heures? Je n’en ai plus rien à foutre de ce qu’ils pensent de moi. Je n’en ai rien à foutre d’avoir l’air con à la télé. Je n’en ai rien à foutre de votre proposition inconcevable. Vous nous riez encore au visage après tout ce temps en osant nous présenter une plus grande hausse échelonnée sur plus longtemps comme un miracle? Partez-les donc vos élections qu’on voit si ça vous sert que je sois en grève pendant que vous tentez de gagner encore vous basant sur la division des votes plutôt que sur des projets rassembleurs. Partez-les pour voir comment une élection peut dégénérer quand plus personne ne respecte rien. Partez-les que j’aie, moi aussi, la chance de vous rire au visage.

Bonne semaine quand même et bonne grève plus que jamais.

Pour les activités de la fin de semaine, visitez le calendrier

 

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