Amende honorable
Ce matin, je fais amende honorable. Je vous demande pardon pour une série de billets, certains plus controversés que d’autres. Je suis soufflé par la série d’événements extraordinaires qui se sont déroulés cette fin de semaine.
Tout d’abord, j’ai écrit sur l’élargissement du mouvement très tôt dans la campagne étudiante en soulevant l’idée d’appuyer une variété de causes. Je mettais en garde contre le détournement du discours par les leaders, tout en encourageant le mouvement à lui-même à se battre pour des enjeux plus diversifiés que notre simple demande sur les frais de scolarité. Les actions de vendredi et de samedi contre le plan nord et la marche de dimanche pour l’environnement, auxquelles un nombre impressionnant d’étudiants ont participé, témoigne de cette ouverture formidable. Les jeunes sentent apparemment que quelque chose se passe actuellement au Québec, quelque chose de plus grand et de plus fort que nous. Il y a une volonté de changement plus forte que ce que nous avons vu depuis plusieurs années et les jeunes en sont le moteur. Je me réjouis et salue cette force et cette détermination qui commence à porter fruit.
Ensuite, j’avais dénoncé en début de grève l’inaction des fédérations et leur difficulté à faire embarquer leurs associations dans le mouvement. Une critique qui a été suivie par une autre dirigée envers les propos de M. Bureau-Blouin qui, très tôt, s’était prononcé contre la violence. Certes, les fédérations ont eu du mal à se positionner médiatiquement et politiquement (en terme de nombre) dans cette grève. Certes, la FECQ a peut-être dénoncé la violence un peu tôt. Cela dit, ce que craignaient plusieurs personnes dans les dernières semaines était la possibilité de la tenue d’une rencontre de négociations sans la CLASSE. Bref, les gens craignaient que les fédérations acceptent l’offre de la ministre et qu’advenant l’impossibilité pour la CLASSE de dénoncer la violence, elles participent tout de même à la rencontre. Or, aujourd’hui bien positionnées médiatiquement et avec un très grand nombre de grévistes derrière elles, les fédérations sont au cœur du débat tout comme la CLASSE. Et elles jouent le jeu de manière admirable en refusant de négocier sans que les trois associations soient présentes. Certes, la FECQ a peut-être été un peu brusque en invitant fortement la CLASSE à dénoncer la violence ce dimanche. Cela dit, la FEUQ a fait preuve d’une ouverture hors du commun, voire historique pour le mouvement étudiant, en cédant deux des ses places à la table de négociations. Sans compter qu’elle l’a fait avec la volonté unanime de ses associations membres, sans condition et en acceptant que les représentants de la CLASSE se présentent sous leur titre officiel et non sous une quelque forme d’« accompagnateur » de la FEUQ. Donc, désolé d’avoir douté des fédérations et félicitation!
Et que dire de la CLASSE? Vous n’avez pas échappé à mes critiques, parfois particulièrement virulentes. J’ai tout de même répété à maintes reprises mon admiration pour votre travail sans pareil dans cette campagne et le rôle crucial que vous y avez joué jusqu’à maintenant. Depuis maintenant plus d’une semaine, le Québec est pendu aux lèvres de votre porte-parole en attendant que vous lui donniez l’autorisation de dire qu’il dénonce la violence. Cette condition douteuse, mais en apparence inévitable de la ministre pour participer aux discussions était le nœud qui bloquait actuellement tout le mouvement étudiant. Et bien, quelle ne fut pas la surprise ce dimanche soir de vous voir dénouer cette impasse avec brio. Quoiqu’en disent les journalistes, vous avez fait preuve d’une immense ouverture et je salue ce geste qui laisse la ministre dans une position bien inconfortable. Je vous demande donc pardon, membres de la CLASSE, d’avoir douté.
Finalement, j’aurais bien aimé pouvoir m’excuser aussi auprès de la ministre pour avoir remis en cause les intentions réelles qu’elle avait derrière sa demande de condamner la violence, mais je ne pourrai le faire. En effet, tard hier soir, la ministre a publié un communiqué annonçant une rencontre ce lundi, sans la CLASSE. Et ce, malgré toutes les dernières avancées dont elle était informée lorsque le communiqué a été lancé. Il est maintenant clair que ce que la ministre souhaitait était une division du mouvement étudiant et par le fait même, une fragmentation de sa force et un essoufflement de la crise. Il est clair aussi que peu importe ce que la CLASSE dira, elle se fout complètement d’eux et ne veut rien entendre à une quelconque participation de cette organisation aux négociations. Cette attitude est déplorable, malsaine et loin d’être digne d’une ministre, d’une députée, voire d’une personne. L’imposition de conditions pour participer à une négociation est déjà un geste d’une intransigeance phénoménale. Refuser d’accepter de négocier même si tout un chacun accepte les conditions, c’est inacceptable! J’ai écrit à plusieurs reprises sur le fait que le gouvernement jetait de l’huile sur le feu. Là, ce n’est plus de l’huile, c’est du kérosène qu’ils déversent à coup de réservoir sur un feu déjà bien démarré!
En attendant que la ministre reçoive une ou deux gifles de sont équipe politique et que sa dose de botox diminue, lui dégonflant un peu le visage et lui permettant d’entrouvrir les yeux, les étudiants doivent se serrer les coudes. Ne laissons pas tomber, nous sommes dans les derniers miles. Les votes de grèves seront cruciaux cette semaine et votre participation aux actions plus importante que jamais. Ne lâchez pas face à une telle injustice!
Sur ce, bonne semaine et bonne grève.
Notez que je n’ajoute pas la liste des activités à mon billet d’aujourd’hui, je travaille à une mise à jour complète du calendrier, ainsi qu’à une mise à jour du chiffre. J’ai profité de mon weekend pour prendre un peu de repos et revenir en force avec un travail de qualité pour vous. Merci de votre compréhension.