La CLASSE crache sur le «front commun»
Ça dit haut et fort vouloir refaire le monde. Ça crie sur tous les toits que les politiciens font mal leur travail, que les enjeux de société sont au-dessus de la crasse partisanerie et de l’électoralisme. Ça crie au scandale quand un journaliste ne pense pas « de la bonne façon ». Bref, ça se prétend plus vertueux que la vertu elle-même, mais ce n’est pas foutu d’écrire « front commun ».
Pendant un moment, vendredi dernier, j’y ai cru. J’ai cru que les étudiants pouvaient enfin s’unir, unir leurs forces, pour coordonner quelque chose de plus grand et de plus important que les petits enjeux corporatistes de leurs associations nationales. J’aurais dû me douter qu’ils ne voleraient pas beaucoup plus haut que les partis politiques. Et simplement pour être très clair, j’ai déjà blâmé les fédérations à quelques reprises dans des billets précédents à propos de cet enjeu. Mais ce matin, c’est la CLASSE qui me déçoit particulièrement.
Posée en leader depuis le tout début de cette grève, la CLASSE a su motiver une bonne partie des troupes et a occupé la majeure partie de l’espace médiatique. Certes, de petits conflits éclataient ici et là, mais sans accrochage majeur qui permettait de mettre à jour un corporatisme et des politicailleries aussi tristes que ce que nous apprenons ce matin. Même l’enjeu des deux marches potentielles pour le 22 mars dernier avait été contrôlé et a permis de donner naissance à la plus grande manifestation de l’histoire du Québec. Et voilà qu’aujourd’hui, on apprend que quelques heures à peine après la conférence de presse commune de toutes les associations, le congrès de la CLASSE demande le retrait du communiqué et passe à un cheveu de la motion de blâme à Gabriel Nadeau-Dubois pour avoir écrit « front commun » dans ledit communiqué.
Les qualificatifs ne sauraient être suffisants pour illustrer à quel point il s’agit d’une bêtise effarante. Nous sommes dans un moment crucial, la pression s’accentue sur le gouvernement et les appuis pleuvent de toutes parts. Les associations se fatiguent tranquillement, tout comme les manifestants. La plupart d’entre eux sont toujours aussi motivés, mais la longueur de la grève épuise physiquement. Le soi-disant « front commun » était donc une nouvelle importante pour les étudiants qui, malgré des divergences de tactiques, souhaitent tous au moins une chose commune, l’abolition de la hausse du gouvernement (minimalement). De voir les associations piler sur leur orgueil et se réunir avant le congé pascal nous a donné un souffle nouveau. Souffle qui n’aura été qu’un coup de vent.
Ce que la CLASSE a fait cette fin de semaine, c’est d’abord tirer dans le dos des fédérations pour ensuite se tirer dans le pied. Qui sait combien de temps les associations seront en mesure de continuer le mouvement? Avec la panoplie d’injonctions, les quelques retours en classe et la session qui est de plus en plus perturbée, combien de temps avons-nous réellement? Le « front commun » nous permettait d’unir les forces alors que nous avions besoin d’une petite motivation. Ce qu’on nous sert plutôt c’est un mirage, on attire l’homme assoiffé au milieu du désert et on le laisse crever de soif une fois qu’il est sur place.
Comprenez-moi bien, je suis moi même, par l’entremise de mon association étudiante, membre de la CLASSE. J’en étais fier jusqu’à maintenant. Surtout dans les dernières semaines, durant lesquelles les actions se multipliaient et prenaient de l’ampleur. Ce matin, je doute sérieusement du jugement des associations qui étaient présentes lors du congrès, incluant la mienne. J’ai bien hâte d’avoir les explications concernant cette décision puisqu’elle est loin de représenter mon intérêt et celui de mes collègues étudiants. Je crois fermement que les leaders des associations étudiantes présentes ont pensé simplement à leur petite vision fermée du mouvement étudiant et n’ont pas songé une seconde au bien commun que représentait la conférence de presse de vendredi, ainsi qu’une collaboration entre les associations étudiantes nationales.
En terminant, je crois comprendre que M. Nadeau-Dubois a tenté, tant bien que mal, de défendre l’idée d’un regroupement des associations, mais que ce sont les membres de sont congrès qui s’y sont opposé. Je sais très bien que les membres de son congrès ne sont peut-être pas en accord avec toutes les décisions qu’il doit certainement prendre très rapidement ces temps-ci, mais réfléchissez une seconde. Gabriel Nadeau-Dubois a, vendredi dernier, fait un choix exceptionnel et posé un geste infiniment plus grand que ce que vous avez voté la fin de semaine dernière. J’espère sincèrement, chères associations membres de la CLASSE qui ont voté pour annuler ce « front commun », que vous avez, ce matin, de la difficulté à vous regarder dans une glace et que vous vous demandez ce que vos membres, pas seulement ceux en assemblées générales, tous vos membres pensent de vous en ce moment. Si le chapeau vous fait, vous devriez avoir honte d’avoir détruit le levier de pression formidable qui s’était formé vendredi dernier.
Pour les autres, ne lâchez surtout pas. Je suis d’une humeur maussade ce matin, mais je me ressaisirai bien vite.
Bonne semaine, bonne grève.
Activités à venir
Pour plus de détails, visitez le calendrier
- Grand rassemblement populaire vers un printemps québécois le 9 avril
- Pique-nique général illimité le 10 avril
- Occupation jusqu’à la négociation le 10 avril
- Histoire de l’art UdeM présente la passion de l’étudiant le 10 avril
- Les mercredis rouges le 11 avril et tous les mercredis
- Manifestation générale illimitée le 11 avril
- Manif-action Gala de perturbation économique le 12 avril
- Grand lâcher de ballons le 14 avril
- Peuple à genous en rouge ta délivrance le 15 avril
- Manifestation étudiante pour l’indépendance nationale le 15 avril
- Manifestation secondaire, familiale et festive le 15 avril
- Tribunal populaire le 16 avril